Ecriture

[Ecriture] Sans toi

Bonjour à tous!

Cela fait un petit moment que je n’ai pas publié ce que j’écris, alors j’y remédie! Cette nouvelle je l’ai écrite il y a quelques mois à peine. Je dis « nouvelle » mais je la trouve extrêmement courte pour être qualifiée comme tel. Alors appelez ça comme vous le voulez 🙂 C’était dans le cadre d’un concours de nouvelles du Cercle Pieussan Joseph Delteil. J’ai donc essayé de faire écho à ses oeuvres. Devait figurer l’extrait suivant « j’ai pris le maquis, le maquis de l’âme« .

Bonne lecture,

C.

Chère toi,

Je me suis réveillé ce matin, comme chaque jour que Dieu fait et tu étais là, à mes côtés, toujours présente. Tellement éblouissante, comme à ton habitude. Qu’est-ce que tu peux être belle quand tu es en colère !

Une fois péniblement levé de mon lit, je me suis servi un café et ai contemplé cet appartement qui fut nôtre des années. On s’y sentait tellement bien, tu te souviens ?

A peine installés, nous laissions libre court à notre imagination, toi liberté, moi prisonnier de ta superbe.

Mais ce matin, je ne suis plus le même homme. Mon ventre est noué à l’idée de te faire face un jour de plus. Ma gorge se serre à l’idée de te dire ces mots.

Je regarde l’unique pièce de notre appartement, autrefois si accueillant, oppressant aujourd’hui.

Les bruits inspirants de la rue ne sont que chaos reflétant mon chagrin et mes carnets griffonnés ne m’inspirent plus rien.

Le papier peint bleu devait éveiller en moi mille histoires, d’aventure ou d’amour, de rires ou de pleurs. Mais ce matin, tout est mort en moi. La bile monte le long de ma gorge à l’idée de rester ici une minute de plus.

C’est là que tu as fait ton apparition à mes côtés ; ici que toi et moi ne faisions qu’un. J’avais de grands projets pour nous deux. Nous devions défier le monde, leur montrer à tous, que toi et moi, ensemble, pouvions franchir toutes les épreuves.

Nous étions fait pour aller loin, j’en étais persuadé.

Et puis il faut dire que je t’ai aimée, mon Dieu que je t’ai aimée. Follement, passionnément. Je ne vivais que pour toi, ne voyant le monde qu’au travers de tes yeux. J’étais ton esclave, sans attentes, sans autre envie que celle d’aller à ta rencontre. Je voulais ta reconnaissance, avoir cette impression au fond de moi que j’étais à ta hauteur.

Car tu étais mienne, je ne respirais que par tes mots et me noyais dans ta contemplation. Alors tu comprends que ta simple ignorance me meurtrissait au plus haut point, m’empêchant de respirer.

Mais ce matin, je t’ai regardée, comme pour la première fois, et tu n’étais plus celle que j’attendais.

La fougue, le désir, tout ce qui nous reliait n’est plus là, et moi, seul, pauvre de ta présence, je suis perdu.

C’est donc avec tristesse et mélancolie que je t’adresse ce dernier message et si mes mots te blessent, je te pris de me pardonner car telle n’est pas mon intention.

Trop de fois j’ai hésité à te chasser de ma vie, quand perfide tu t’introduisais dans mes pensées, m’obligeant à me réveiller en plein milieu de la nuit. Je me levais alors, fou d’amour pour toi, et écrivais frénétiquement tout ce que tu me dictais au creux de l’oreille. Si la fatigue me prenait, tu t’interposais, souveraine, capitaine de ma vie.

J’ai essayé, tu sais, de t’aimer tendrement, de te respecter telle ma muse, gracieuse et féline, mais je procède aujourd’hui au constat de notre échec.

Tu m’as accompagné, toutes ces années, moi qui n’étais qu’un homme coupé en morceaux. Tu étais là lorsque, ivre de mes maux, je ne pensais plus qu’à toi.

J’ai résisté, tu sais, à la folie de te laisser prendre tout le contrôle de mon être, toi, ma sœur, mon amie, mon autre, cette partie de moi, certainement la plus belle, sûrement la plus folle.

J’ai tempêté lorsque, lassée de ma présence, tu me quittais quelques instants, des jours, des semaines ou des mois, sans rien dire, pour revenir discrètement, sans un bruit ni un mot d’excuse.

Aujourd’hui, je suis las de n’attendre que toi, de ne vivre que pour toi. Lasse des sentiments que me procure ta compagnie, vacillants entre adoration et prosternation.

Alors il est temps pour moi de tourner cette page illusoire que nous remplissions ensemble. J’ai pris le maquis, le maquis de l’âme. Aujourd’hui, je ne t’appartiens plus.

Ainsi, je nous libère, nous, si longtemps prisonniers de l’infini.

Tu peux bien essayer de me poursuivre, mes rêves et mes pensées ne sont plus tiens. Tu voudras me harceler, me hurler le lien viscéral qui nous unit, je ne t’écouterai plus. Tu pourras pleurer, te débattre, je ne te consolerai plus.

Mais je voudrais aussi de te dire merci.

Merci de m’avoir appris à vivre, sans peur ni craintes.

Merci d’avoir donné à mon âme un souffle nouveau qui depuis longtemps lui faisait défaut.

Merci d’avoir eu la patience de m’enseigner les choses du monde avec fougue et tendresse.

Mon amie, pour toutes ces belles années ensemble sur le Fleuve Amour, merci.

Alors sans bruit, sans colère ni rancune, pour la dernière fois je te dis : adieu Passion.

Ton ami.

C’est ainsi que je ponctue cette lettre, sorte de contrat entre les deux parties de moi-même qui aujourd’hui ne s’entendent plus.

Elles se sont affrontées souvent, tentant de s’approprier mon destin, me considérant comme leur marionnette, leur jouet dénué de libre arbitre.

Raison, Passion, mes deux amours qui n’ont de sens l’une sans l’autre et pourtant, la première aura triomphé de la seconde.

J’ai lutté en vain pour leur trouver à chacune une place d’égale importance, mais aucune ne saurait tolérer un second rôle.

C’est donc à regret que je fais un choix, celui de quitter une partie de moi.

Je place la lettre sur mon tas de calepins qui ne valent plus rien et quitte le comptoir en bois flotté sur lequel je me suis si souvent appuyé pour écrire.

Il est temps pour moi d’affronter le chaos qu’est ma vie.

La tasse de café toujours entre mes mains, je me dirige vers l’évier et l’y pose doucement.

Je regarde par la fenêtre de la cuisine et admire les passants. Une femme gracieuse marche à toute allure dans sa robe rouge qui laisse apercevoir ses genoux. Elle est sûre d’elle, sans prétention, convaincue de sa superbe.

Un homme d’âge mûr la croise, il ne peut s’empêcher de l’admirer, telle une œuvre d’art que l’on n’ose toucher que des yeux.

Dans quelques instants, moi aussi je serai dehors, dans la rue, libre. Je n’ai qu’une envie, leur crier : « attendez-moi ! ».

Ces dernières années ont défilé tel en battement de cil, à peine ai-je cligné des yeux que tout avait déjà changé. Et le monde n’a pas cessé de tourner en mon absence, aujourd’hui j’en suis conscient.

Je rejoins mon armoire et ramasse quelques affaires que je jette négligemment dans un sac en cuir qui m’a coûté bien trop cher.

Rassembler mes effets personnels ne me prend que quelques minutes : rien n’est plus à moi ici.

La petite bibliothèque en bois, à proximité du lit, recèle quelques livres, seules possessions considérables dont je peux être fier. Je les prends également.

Fébrile, je me passe la main dans mes cheveux coupés trop court et prends une grande inspiration, appuyé sur le mur.

Ma déglutition est difficile mais je sais que, pour mon bien, il est préférable de changer de vie.

Je me répète alors religieusement, tel un mantra, « tu dois partir, il le faut ».

Finalement la Raison aura triomphé : moi, l’écrivain passionné, je quitte mon monde de bohème, résolu à ce que ma vie devienne quelque chose d’autre.

Je me dirige vers la porte d’entrée, mon sac négligemment posé par-dessus mon épaule.

Je jette un dernier coup d’œil à la pièce, comme pour me rassurer d’avoir pris la bonne décision. Adieu insomnies, frustrations mais aussi frénésie, amour, ardeur, ivresse.

Perdu dans mes pensées, c’est alors que je la vois, mon amie, tremblante, prostrée dans un coin, n’espérant que mon retour, ne souhaitant qu’une chose : que nous repartions ensemble.

Elle me regarde du coin de l’œil, punie par ma décision. Je vois bien qu’elle m’en veut, qu’elle ne me croit pas capable de vivre sans elle, sans cette flamme continue qui fait battre mon cœur.

Une larme indocile coule le long de ma joue, comme pour lui donner raison. J’ai beau l’aimer, il est déjà trop tard.

J’avance vers la sortie de mon appartement, à pas lents et finis par poser les clés sur le meuble de l’entrée.

« Tu dois partir, il le faut ». Adieu Passion.

J’attrape la poignée de la porte et referme doucement un chapitre de ma vie.

2 réflexions au sujet de “[Ecriture] Sans toi”

  1. Adieu passion ! indéniablement, une petite musique s’élève du texte. Une atmosphère douce et amère s’en dégage. Se libérer de toute liaison-fusion pour devenir librement le captif de son œuvre à venir, je trouve cela très intéressant. Merci de nous avoir donné à lire l’intime !

    Aimé par 1 personne

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