Ecriture

[4/5] Minuit

Le lendemain, elle est prise de nausées et se dirige vers les toilettes. Elle met cela sur le compte de ses injections et inhalations de la veille. Une chanson de James Morrison passe à la radio, dans la cuisine.

Elle part rejoindre Sarah et s’arrête à l’embrasure de la porte. Personne ne peut imaginer que cette femme est captive. Elle respire la joie de vivre, son parfum ambré embaume la pièce et elle fredonne les paroles de la chanson.

  • Je sais que tu es là Ana, dit-elle en rigolant.
  • Il est quelle heure ?
  • 15 heures pile ! répond-elle de sa voix mélodieuse.
  • Oula j’ai beaucoup dormi.
  • Oui mais je crois que tu en avais besoin, dit-elle avec un sourire compatissant. Tu devrais arrêter… la drogue, tu sais…
  • Tu crois que je n’ai jamais essayé ? C’est dur, et puis ça me permet de tenir un peu.

Soudain les nausées reviennent et elle se penche au-dessus de l’évier, aidée par Sarah.

  • Ca va ? demande-t-elle inquiète
  • Oui Oui c’est juste que hier… enfin tu sais.
  • Depuis combien de temps ça t’arrive Ana ?
  • Ca fait une quinzaine de jours que je n’arrête pas, tous les matins, c’est comme si j’étais réglée.
  • Et merde, lâche Sarah en grommelant.

Les deux jeunes femmes n’ont pas entendu l’arrivée d’une des filles dans la cuisine. Quand elles s’en aperçoivent, elles la fixent et comprennent qu’elle a certainement tout entendu.

Dans la soirée, Ana est réveillée par des éclats de voix provenant de l’entrée. Ils sont revenus, en avance. Elle rassemble quelques affaires dans son sac et est prête pour le départ mais elle se rend vite compte qu’ils montent l’escalier. Leur vitesse et le bruit assourdissant de leurs pas indiquent leur colère.

Ils arrivent dans sa chambre en défonçant la porte d’un bruit sourd. Le premier l’attrape par le bras et la maintient sur le lit. Un autre homme la déshabille et lui tient les jambes. Un troisième s’approche d’elle avec un instrument surdimensionné. Elle se met à hurler quand elle comprend ce qu’ils vont lui faire, quand elle comprend que ce n’était ni l’héroïne ni la cocaïne qui l’ont faite vomir.

Elle n’émet plus aucun son durant toute « l’opération » : la douleur parfois est telle que le corps préfère s’endormir pour ne plus avoir à supporter de telles souffrances.

Elle reprend ses esprits quelques minutes après, quand ils terminent leur besogne. Un des bourreaux s’adresse à elle :

  • Tu nettoieras tout ça, dit-il en désignant la mare de sang au pied du matelas, et je te laisse une semaine de plus. C’est tout.

Ils repartent sans un bruit ; alors elle se permet de sangloter. Elle sait ce qui vient de se passer. La jeune fille, qui avait surpris leur conversation, les avait dénoncées en espérant un sursis.

Sarah vient la rejoindre, la serre dans ses bras et la berce comme on berce un enfant. Elle fredonne, de sa mélodieuse voix, une chanson douce.

 

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