Humeur

Mon univers

Chers vous,

Il y a quelques semaines, j’ai fait passer mon manuscrit à un écrivain afin d’avoir un avis professionnel sur ce que je fais. Je pense en effet que des critiques constructives permettent de se remettre en question et s’améliorer. C’est mon tout premier travail et c’est la boule au ventre que j’attendais son verdict! Il me l’a donné avec gentillesse et bienveillance. Selon lui, j’ai encore beaucoup -BEAUCOUP- de choses à améliorer mais il m’a « rassurée »en me disant que cela viendrait.

Là n’est pas vraiment le propos de cet article: en fait, il m’a posé une question qui m’a amenée à réfléchir. Comment expliquer que ce que je dégage, ce que je suis, contraste tellement avec la violence de ce que j’écris?

Je voyais bien qu’il se demandait si j’étais pas un peu siphonnée du bocal et ça m’a fait sourire. Alors je lui ai expliqué…

Non, rien de ce que j’écris ne m’est arrivé et je ne suis pas une âme tourmentée qui tente par l’écriture d’extérioriser ses démons (des écrivains sont dans cette situation, je ne me permets pas de juger, du moment qu’écrire fait du bien…).

Mais voilà: dans mon roman (Insigni), je parle d’esclavage, de viols, de travail forcé, de gens qui se battent et tuent pour survivre. Oui, c’est extrêmement violent. Oui, c’est affreusement sombre/noir. Malheureusement, je n’invente rien.

Je vous explique: j’ai suivi une formation de juriste et durant mon master, j’ai choisi comme sujet de mémoire la traite des êtres humains ayant pour finalité l’exploitation sexuelle. J’ai eu l’opportunité de réaliser un stage dans une association d’aide aux victimes de trafic d’êtres humains dont les finalités étaient multiples: exploitation sexuelle, travail forcé, mendicité…

Bref. En fait, j’ai vu.

J’ai vu qu’on peut forcer une mère à se prostituer pour protéger ses enfants.

J’ai vu qu’un père peut avoir honte de demander de l’aide pour sortir de la misère du travail forcé.

J’ai vu une fille parler des horreurs qu’a pu lui faire vivre son géniteur avant qu’elle ne s’en aille.

J’ai vu que la misère est humaine. Elle se cache derrière des apparences que ni vous, ni moi, ne pourrions imaginer. Elle se trouve derrière le visage de façade de cette femme qui parle à peine français, derrière les yeux de cet homme pourtant français de souche… Elle n’a pas de culture, pas de religion ni de couleur de peau. Elle est partout, chaque seconde, chaque minute.

Mais j’ai aussi vu une femme violée et humiliée pendant des années, par une multitude d’hommes, dégager une dignité et un courage qui feraient pâlir la plupart d’entre nous. J’ai constaté que dans l’horreur, l’humain peut se révéler d’une force extrême et d’une beauté absolue.

Alors oui, ce que j’écris est noir parce la vie l’est parfois aussi. Mais si je peux tirer une leçon de cette toute petite expérience, c’est que quoi qu’il arrive, il y a toujours un espoir.

Donc voilà mon univers et je n’arrive pas à m’en détacher, pour tout vous dire, je ne suis pas sûre de vouloir le quitter. Pas très bankable, ni même publiable peut-être, mais c’est pour moi un moyen de parler, via la fiction, de choses de la vie. Je ne serai peut-être jamais lue que par vous mais vous savez quoi? Vivre dans notre bulle, rien que vous et moi, ne m’est pas désagréable!

A très vite,

C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de “Mon univers”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s